Couleur émeraude

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Les rhums de Guadeloupe

 

Aux Antilles françaises, un homme de génie, originaire des Charentes maritimes, le Père Labat, très observateur, eu l’idée  d’importer un alambic  pour adapter le principe de la distillation  au jus de la canne à sucre. Les distilleries agricoles prenaient vies aux Antilles et avec elles le rhum.

Le rhum et sa dégustation font partie d’un rite fondamental qui ne va pas sans une longue initiation, ne serait-ce que pour apprendre à distinguer les diverses variétés et apprécier les plus fines bouteilles.

En 1939, il y avait 55 distilleries en Guadeloupe. En 1954, il en restait 37 et aujourd’hui, on en compte 9 ! Comparée à la Martinique, la Guadeloupe se distingue sur deux sujets : elle n’a pas l’appellation d’origine contrôlée, mais a conservé une activité sucrière importante et produit aussi bien des rhums agricoles que des rhums industriels. Marie-Galante se distingue par le degré final du produit, 59°, et par la fabrication artisanale du rhum. Seule la distillerie Poisson, qui date de 1860, exporte le fameux label Père Labat, qui rivalise avec ses cousins martiniquais et guadeloupéens.

 

LE RHUM DE GUADELOUPE

La Guadeloupe produit deux types de rhums :

– le rhum agricole qui est produit directement à partir du vesou, le jus de la canne à sucre

– le rhum industriel (appelé aussi traditionnel) qui provient de la mélasse, le résidu de la canne à sucre

et trois variétés de rhums agricoles :

– rhum blanc, produit par distillation il est stocké trois mois en foudres en inox, puis ramené à des teneurs alcooliques de 40° à 60° par adjonction d’eau de source ou eau distillées et embouteillé

– rhum ambré, lui, séjourne 18 mois en foudres de chêne, ce qui lui donne cette couleur caractéristique, principalement héritée du contact avec le bois

– rhum vieux, doit séjourner en foudres de chêne  : 3 ans pour un rhum VO, 4 ans pour un rhum VSOP, 6 ans pour un rhum XO. On distingue ensuite le rhum vieux traditionnel, vieillissement 5 à 7 ans, le rhum vieux hors d’âge, vieillissement 8 à 12 ans  et le rhum vieux millésimé, vieillissement 15 ans et plus. Les années exceptionnelles, comme celle de 1972, qui fut particulièrement ensoleillée, peuvent se conserver de 50 à 70 ans.

 

Les distilleries en activité

            En Basse-Terre (5) :

 

  • Le domaine de Séverin (Cadet Sainte-Rose)

La distillerie Séverin a été fondée en 1928 par Henri Marsolle. Au domaine de Séverin, le rhum est toujours produit à l'ancienne, malgré le coût plus élevé des méthodes traditionnelles. Tous ces efforts permettent de préserver à la fois la qualité et la beauté du site. La roue à aubes de la distillerie, mue par la force de l'eau du canal est désormais une curiosité unique dans toute la Caraïbe et reste la seule distillerie fonctionnant aux Antilles françaises avec ce type de matériel.

                                           

 

  • Le musée du rhum et la distillerie Reimonenq (Belle-vue Sainte-Rose)

Léopold Reimonenq, le descendant de la famille qui en 1916 créa la distillerie du même nom, eut l'idée d'ouvrir en lieu et place de la plantation, le musée du rhum.

 

La canne fraîchement coupée et broyée, fermente dans des cuves à l'air libre et distillée dans une colonne en inox. Cette colonne possède la particularité de chauffer indirectement le liquide grâce à un serpentin échangeur qui sépare l'alcool du vin. Ce processus unique aux Antilles engendre le rhum Cœur de Chauffe, un rhum spécial cocktails.

 

  • La distillerie Espérance (Sainte-Marie Capesterre Belle-Eau)

Le rhum Longueteau et le rhum Karukéra sont produits sur le même magnifique domaine, celui du Marquisat de Sainte-Marie de Capesterre-Belle-Eau.

La distillerie Longueteau, la plus ancienne de la Guadeloupe encore en activité, fonctionne toujours avec la machine à vapeur. Son rhum est fabriqué à la distillerie Espérance-Mon repos depuis 1895.

 

Diffusé sous deux marques, Longueteau pour l'export et Mon repos en diffusion locale, elle est également la seule à commercialiser un rhum à 62 %.

 

Pas d'électricité, pas d'essence ni même de pétrole : c'est encore la vapeur produite grâce aux résidus de la canne broyée qui actionne un piston vieux de 87 ans !

La distillerie, produit le rhum agricole Longueteau, le rhum Karukera, le rhum Mon Repos.

 

  • La distillerie Montebello (Petit-Bourg)

Fondée en 1930

Elle est rachetée en 1968 par Joseph Marsolle. Réaménagée et modernisée, elle devient le 3e producteur de Guadeloupe.

 

Pour lui donner son caractère, le rhum blanc Montebello est mis dans des fûts de chêne stockés au soleil dans des conteneurs métalliques. La chaleur qui règne à l'intérieur accélère le processus d'oxydation et d'extraction. Les rhums y passeront de 4 à 8 ans pour certains avant d'être déplacés.

 

  • La distillerie Bologne

La distillerie Bologne située à Basse-Terre a conservé le nom des propriétaires de la sucrerie des XVIIe et XVIIIe siècles. L’habitation-sucrerie vacille sous les difficultés financières liées aux événements révolutionnaires de l’époque et voit divers propriétaires se succéder. En 1830, Jean-Antoine Ame-Noël se rend acquéreur de la sucrerie. Originaire de Bouillante en Basse-Terre, il est le premier homme de couleur « libre de naissance » à devenir propriétaire d’un domaine aussi étendu (114 hectares). C’est en 1887que l’ancienne habitation sucrière de viendra une distillerie. En 1930, Louis Sargenton-Callard devient propriétaire des lieux. La distillerie fabrique aujourd’hui un rhum de qualité, dans la plus pure tradition.

Entourée de champs de canne noire, elle est la seule à cultiver encore cette variété de canne à rhum.

La distillerie Bologne produit un rhum blanc 50° et 55° agréablement parfumé, avec un nez citronné, sur fond de pommes surettes, d'une qualité exceptionnelle confirmée par de nombreux prix.

Plusieurs rhums agricoles sont produits sur le domaine : des rhums blancs de 50° et 55°, un rhum ambré de 45°, un vieux rhum Cuvée Spéciale Chevalier de Saint-Georges.

 

En Grande-Terre (1)

 

  • La distillerie Damoiseau (Bellevue Moule)

 Le domaine agricole et l’installation industrielle de Bellevue au Moule ont été fondés à la fin du XIXe siècle par un certain Rimbaud, originaire de Martinique. Roger Damoiseau (père) les a acquis en avril 1942.

La distillerie récemment modernisée reste fidèle à un fonctionnement artisanal datant du début du siècle, avec ses incroyables machines de broyage aux rouages actionnés à la vapeur et son moulin à vent entièrement restauré.

Leader des rhums agricoles de la Guadeloupe, les rhums Damoiseau avec environ 50 % de parts de marché sont présents en France métropolitaine et à l'export dans plus de 40 pays.

Le rhum blanc agricole Damoiseau se distingue par sa richesse aromatique, marquée par de fines notes sucrées (canne à sucre), florales et épicées.

Pour la petite histoire, les deux porteurs du rhum Damoiseau apposés sur les étiquettes sont appelés en créole: « sé dé ti gason-la » (« ces 2 petits garçons ») dénommés Faber et Bessarion, deux employés fidèles de la distillerie.

La légende dit qu'un Guadeloupéen s'arrêtera de boire du rhum Damoiseau quand l'un des 2 porteurs aura posé le pied à terre.

 

A Marie-Galante : (3)

 

  • La distillerie Bellevue (Capesterre)

L'île de Marie-Galante est réputée pour son rhum agricole d'exception produit sur place, le seul des Antilles à titrer à 59 % d'alcool.

Fondée en 1769, la distillerie Bellevue de Marie Galante est une de première des Antilles à se soucier du respect de l’environnement et elle est l’unique distillerie écopositive au monde. Elle produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme grâce à la production de ses installations solaires. Elle est la plus grande exploitation cannière de Marie-Galante.

Sur une plantation de 140 hectares, son moulin à vent érigé en 1821 et entièrement rénové, offre un point de vue à 360° sur les champs de canne environnants.

 

  • La distillerie Bielle (Grand-Bourg)

Située sur les hauteurs de Grand-Bourg, la distillerie Bielle est l'une des trois distilleries encore en activité à Marie-Galante.

La distillerie Bielle perpétue cette tradition de fabrication du rhum agricole au pur jus de canne depuis le XIXe siècle.

 

Bielle produit aujourd'hui trois rhums blancs dont l'un décliné à 50° et 59°, issus de la tradition familiale, et deux autres spécifiques à la marque.

  • Le « RhumRhum » est un rhum unique au monde obtenu après une fermentation lente de huit jours en cuve réfrigérée, puis distillé deux fois par alambic-comme la méthode cognac-et non par colonne. En cela, il s'apparente à une eau-de-vie de fruits (ici, la canne à sucre). Bien qu'encore très récent, ce produit a déjà gagné sa première médaille d'or au World Spirits Awards de Klagenfurt, en mars 2009.
  • Le second, le « Rhum Premium » à 59° est, quant à lui, un produit de niche distillé une fois par colonne, puis par alambic. Ce procédé lui garantit un affinage de très grande qualité.

 

  • La distillerie Poisson (Grand-Bourg)

Création en 1860. La distillerie Poisson produit l'un des rhums les plus réputés des Antilles : celui du "Père Labat", du nom du célèbre chroniqueur du XVIIè s. C'est également l'un des meilleurs avec ses quelques 59°. Une petite exposition permanente est installée pour, entre autre, déguster et juger du résultat de ces mélanges "alambiqués". Le rhum du Père Labat est réputé pour "taper fort". Enfin, même si le rhum du "Père Labat" est vendu partout dans l'archipel guadeloupéen, la distillerie n'en produit qu'une quantité limitée. Et lorsque les cuves sont pleines de ce précieux breuvage, la production s'arrête.

Entièrement manuels, la culture, la coupe et le ramassage de la canne sont respectueux de ce terroir idéal et privilégié. En effet, les cannes à sucre de l’île de Marie-Galante sont reconnues, au niveau mondial, pour leur richesse aromatique.

 



27/09/2018
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