Couleur émeraude

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Le chlordécone

 

Qu’est-ce que le chlordécone ?

 

Il portait à l'origine le nom de Képone et Merex, puis Curlone. Son utilisation permettait de lutter contre le charançon, le plus grand prédateur des bananiers. Il a aussi été utilisé pour de nombreuses autres cultures, dont sur le tabac, les arbustes ornementaux, les cultures d'agrumes, et dans les pièges à fourmis et à cafards. Il a aussi été utilisé comme larvicide contre des dipstères, et pour un tout autre usage, comme fongicide contre le mildiou. Considéré comme non-biodégradable, le chlordécone a dans l'environnement une durée de vie évaluée, suivant les conditions, entre 3 et plus de 46 ans, voire bien plus longue dans les sols.

Il a été interdit en France métropolitaine en 1990 en raison de son extrême toxicité mais autorisé aux Antilles jusqu’en 1993 par deux dérogations successives, signées par les ministres de l’agriculture de l’époque. En 1979, l’OMS a reconnu ce perturbateur endocrinien comme neurotoxique, reprotoxique (effet néfaste sur la fertilité) et cancérogène probable.

La France n’en a pas fini avec le scandale du chlordécone aux Antilles, un dossier tentaculaire dont les répercussions à la fois sanitaires, environnementales, économiques et sociales sont une bombe à retardement. Cette histoire, entachée de zones d’ombre, est méconnue en métropole. Elle fait pourtant l’objet d’une immense inquiétude aux Antilles, et d’un débat de plus en plus vif, sur fond d’accusations de néocolonialisme. 

 

La quasi-totalité des Guadeloupéens et des Martiniquais sont contaminés par ce pesticide ultra-toxique, utilisé massivement de 1972 à 1993 dans les bananeraies. Une situation unique au monde.

 

 

Les années chlordécone

-          1951, les chimistes Gilbert et Giolito(1) synthétisent le chlordécone. Deux brevets sont déposés l'année suivante. Le pesticide est mis sur le marché en 1958. 

-          1963, Huber(2) démontre latoxicité du chlordécone, chez la souris. 

 

-          1965, Il est signalé comme étant aussi reprotoxique chez la souris et chez la poule.

 

-          1966, sa production commerciale progresse néanmoins, aux États-Unis. A l'entreprise LSPC, une centaine d'ouvriers sont gravement intoxiqués par le chlordécone.

 

 

-          14 juin 1968,  le Comité d'études des produits antiparasitaires à usage agricole étudie deux demandes déposées par la société SOPHA basée à Fort-de-France, concernant d'une part le Mirex et d'autre part le Képone. Aucune autorisation de vente n'est alors délivrée, mais ces deux molécules sont mises à l'étude, l'IFAC ayant d'ailleurs dès mai 1968 mis en place un essai en Martinique alors que des études étaient déjà en cours au Cameroun par elle-même depuis 1964.

 

-          27 juin 1968, la Commission des toxiques examine le « chlordécone » mais sur la base d'un résumé constitué de trois pages non signées, jugé incomplet ce qui justifie un ajournement de l'étude et de l'avis de la commission.

 

-           4 octobre puis le 6 décembre 1968, une nouvelle demande d'homologation est déposée pour le « Kepone G » et le « Kepone P », cette fois par la Seppic , à nouveau considérées comme « demandes non en règle » par le Comité d’études des produits antiparasitaires à usage agricole qui répète que le chlordécone en tant que substance nouvelle doit d'abord être soumise à l’examen de la Commission des toxiques

 

-          18 septembre 1972,  Jacques Chirac(3) (ministre de l’Agriculture et de l’Aménagement rural) délivre une  Autorisation de Mise sur le Marché provisoire pour le chlordécone sous la dénomination commerciale de Képone.

-          1977, le rapport Snegaroff(4, page 17) établit l'existence d'une pollution dans les sols des bananeraies et des milieux aquatiques environnants par les insecticides organochlorés.

 

-           1979-1980, le rapport Kermarec(5page 17) souligne l'accumulation dans l'environnement de substances organochlorées. On constate une accumulation importante dans les tissus des espèces animales vivant dans les eaux contenant du perchlordécone, matière active du Mirex 450, employé contre la fourmi manioc.

 

 

Années 1980

Aux Antilles, une aggravation de la prévalence du charançon des bananeraies est attribuée aux cyclones David (1979), et Allen (1980)

-          1981, en France, la ministre de l’Agriculture  Édith Cresson(6) délivre à la société Laurent de Laguarigue une seconde AMM pour le chlordécone sous la dénomination commerciale « Curlone ».

 

-          1989, une étude de H.M. Mehendale(7) indique que le chlordécone amplifie gravement (67 fois) les effets hépatotoxiques des composés comme le tétrachlorure de carbone, le chloroforme et le dichlométhane.  

 

 

-          1er février 1990,  La France retire l’AMM du chlordécone pour tout le territoire français.  

-         23 avril, parait une question écrite de  Guy Lordinot(8) (Député de la Martinique) au ministre de l'Agriculture, en faveur d’une prolongation de la commercialisation du chlordécone. Cette demande est appuyée par une autre lettre au ministre, datée du 30 avril.

 

-          5 juin,  Henri Nallet (9), ministre de l’Agriculture, publie une dérogation de deux ans, uniquement valable pour les DOM

-          Mars 1992,   Louis Mermaz(10), ministre de l’Agriculture et des Forêts, proroge d’un an la dérogation pour l’utilisation du Curlone.

 

-          Février 1993,   Jean-Pierre Soisson(11), ministre de l’Agriculture et du Développement rural, répond favorablement à une demande de la SICABAM demandant à pouvoir utiliser le reliquat de stocks de chlordécone.

 

-          30 septembre 1993, ce pesticide est officiellement interdit à la vente aux Antilles françaises.

 

-          1998,  le rapport Balland-Mestres-Fagot(12) fait la synthèse des résultats connus lors d'une mission d'Inspection demandée par les ministères de l'Environnement et de l'Agriculture et propose les actions à entreprendre.

 

-          La Direction Régionale de l'Environnement lance une première étude, dont l'objectif est de réaliser un premier diagnostic de pollution par les pesticides dans les eaux courantes de la Guadeloupe.

 

Années 2000

 

-          Mars 2000 en Guadeloupe, la production d'eau embouteillée de l'usine de Capès-Dolé, après des tests d'échantillons faits le 28 mars, est stoppée (7 avril) en raison des taux de HCHb trouvés dans l'eau (cinq fois la norme) et de chlordécone (onze fois la norme). La société Capès Dolé s'est rapidement (fin avril) équipée de filtres à charbon actif et d'un système d'ultrafiltration sur membranes destinées à retenir les relargages du charbon actif. Les chaînes de conditionnement sont aussi équipées d’une filtration « stérilisante ».

 Après réglages du processus de filtration, les analyses effectuées par la DDASS le 22 mai confirment l’absence de pesticides dans l’eau. La commercialisation de l’eau embouteillée reprend le 30 mai avec un contrôle hebdomadaire.

La société Capès Dolé utilisait le terme « eau de source », mais constat fait que la réglementation en matière d'étiquetage n'était pas respectée, elle doit dorénavant employer l'expression « eau rendue potable par traitement » ;

La société concurrente Matouba était dans la même situation. Une recherche mensuelle de pesticides organochlorés est imposée à la charge de Capès Dolé sur une durée minimale de six mois.

 

-          Juillet 2001, un rapport de l'inspection générale des affaires sociales et l'inspection de l'environnement fait état d'une pollution de l'eau et des sols par des composants chimiques à base d'organochlorés.

 

-          5 juillet 2001, un rapport Bonan-Prime(13) sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe est remis à Dominique Voynet(14), ministre de l'Environnement, et à Dominique Gillot(15), secrétaire d'Etat à la Santé. Une campagne renforcée de contrôle des teneurs en pesticides dans l'eau, menée par la DDASS montre des taux très élevés de pesticides organochlorés (Chlordécone, Dieldrine et hexachlorocyclohexane) dans l'eau distribuée et même dans l'eau embouteillée.

 

-          2002, l'étude de la rémanence des pesticides dans l'estuaire du Grand Carbet confirme tant leur toxicité que leur persistance dans les sols.

 

-          2009, le chlordécone est inscrit dans la  Convention de Stockolm(16) sur les polluants organiques persistants , ce qui interdit sa production et son utilisation dans le monde entier.

 

Années 2010

  

-          Février 2011, Rapport Cour des comptes(17)

La pollution par le chlordécone aux Antilles Les pollutions liées aux traitements des bananiers restent un problème délicat à résoudre. Effectués principalement par avion, ces traitements respectent difficilement les prescriptions de la directive européenne applicable en ce domaine, qui les interdit à proximité des habitations, des rivières et des plans d’eau, une distance minimale de 50 mètres devant être respectée… Cet insecticide, interdit par les autorités américaines en 1976, a été autorisé en 1981 en France sous la pression des entreprises liées au secteur de la banane, alors même que des études de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) en montraient déjà la toxicité. Le ministère de l'agriculture l'a interdit en 1990, mais les planteurs de bananes ont obtenu deux dérogations qui leur ont permis de l’utiliser jusqu'en 1993 sur les plantations. Les stocks n’ont pas été détruits. L’insecticide a contaminé les sols et les eaux. Si la culture de la banane et de la canne reste possible sur des sols pollués, celle des légumes et tubercules présente des risques pour la santé. ” 

 

-          2018, le Centre international de recherche sur le cancer a classé le chlordécone  comme cancérigène "probable" pour l’humain

 

-          Avril 2018, L'eau du robinet des habitants de la commune de Gourbeyre a été contaminée par ce pesticide ultra-toxique, utilisé massivement de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Des résidus de chlordécone, ont été retrouvés en avril dans de l’eau du robinet en Guadeloupe. Les habitants de la commune de Gourbeyre ont consommé cette eau contaminée pendant plus d'un mois.

 

  Aôut 2018, (Le pesticide à base de glyphosate)Le tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à verser près de 290 millions de dollars pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup, à l'origine du cancer de Dewayne Johnson, un jardinier américain. La firme va faire appel de la décision. Bayer chute en Bourse de 10.78%.

 

Le chlordécone aux Antilles

Tout commence en 1972. Cette année-là, la commission des toxiques, qui dépend du ministère de l’agriculture, accepte la demande d’homologation du chlordécone. Elle l’avait pourtant rejetée trois ans plus tôt à cause de la toxicité...

Les Antilles empoisonnées depuis près de 50 ans. Selon les données disponibles, il faudra de plusieurs décennies à plusieurs siècles pour en épurer les sols antillais les plus touchés.

Ce pesticide ultra-toxique a été utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies en Guadeloupe et Martinique. Il a contaminé sols, rivières, bétail, poissons, crustacés, légumes-racines... et la population elle-même. Plus de 90% des Antillais présentent aujourd’hui des traces de ce perturbateur endocrinien.

Le député de la Guadeloupe,  Olivier Serva(18) a présenté le 11 juillet 2018 à l'Assemblée nationale une proposition de loi  tendant à la création d'un régime d'indemnisation des victimes du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique.  

La proposition, de onze articles, "a pour objet de reconnaître l'ensemble des responsabilités qui entourent le scandale du chlordécone et de réparer les conséquences sanitaires et environnementales de celui-ci". Elle vise ainsi à créer un dispositif de réparation s'inspirant de ceux élaborés pour l'exposition à l'amiante ou pour la contamination par le VIH via une transfusion sanguine.

L'étude de la proposition a été renvoyée à la commission des affaires sociales. En mai 2017, des députés avaient déjà déposé une proposition de loi similaire. 

« On a sacrifié la santé de plus de 800 000 personnes depuis quarante ans pour les intérêts économiques de quelques planteurs ! » résume Jean-François Deleume(19), médecin et représentant d’Eau & Rivières de Bretagne,

 

Quelle est la réponse de l’État ?

En 2007, toutefois, les pouvoirs publics s’« emparent » du sujet, lorsque le professeur Belpomme(20) dénonce un « empoisonnement ». Depuis, les plans d’action s’enchaînent. Sans grand résultat, semble-t-il, et aujourd’hui, la colère gonfle contre l’État. « Entre l’annonce de 95 % des Guadeloupéens chlordéconés et l’inaction face aux algues sargasses(21), je crains que cela ne dérape, confie  Harry Durimel(22). La population a l’impression que la France ne sert à rien. Pire, qu’elle a orchestré son empoisonnement. » La mobilisation s’organise.

Interrogée par Le Monde, Agnès Buzin(23) affirme que le gouvernement est "prêt à remettre de l’argent pour tout scientifique souhaitant monter une étude robuste". Jusqu’ici quelques vagues plans ont été lancés mais n’ont pas convaincu les populations locales. D’autant qu’en 2017, l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a publié une étude dans laquelle elle déconseille de manger de la nourriture produite localement. "Ces aliments sont pourtant autorisés à la vente", dénoncent deux étudiants dans une pétition ayant reçu plus de 30 000 signatures. Ils demandent à Emmanuel Macron de "stopper l’empoisonnement des habitants".

 

Quel est l’impact sur la santé des Guadeloupéens et des Martiniquais ?

Selon une étude publiée en 2013 par Santé publique France(24), 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés à la chlordécone. Les taux d'imprégnations dans le sang varient de 0,13 microgramme à 18,53. "Même à très faible dose, il peut y avoir des effets sanitaires". Ce perturbateur endocrinien est également suspecté d’être responsable de nombreux cancers de la prostate sur ces îles.

La Martinique détient par exemple le record mondial de cas de cancer de la prostate selon le Wold Cancer Research Fund Internationnal. Une étude avait d’ailleurs été lancée en 2013 pour lever le voile sur le lien entre la chlordécone et ce taux record. Mais l’INCA, Institut national du Cancer, a coupé les financements de cette étude, car elle doutait de sa faisabilité. À sa tête à l’époque : Agnès Buzyn(23), l’actuelle ministre de la Santé.  

La chlordécone est éliminée en quelques semaines par le corps. Mais aux Antillles, impossible d’y échapper. Elle pourrait être présente dans les sols pendant des centaines d’années.

« Il faut que les scientifiques trouvent une solution pour éliminer la molécule », a insisté Ary Chalus(25), président de la région Guadeloupe, en avril 2018 lors d’une réunion au ministère des Outremer. « Il faut mettre les moyens sur la dépollution. Quand on entend que la pollution peut durer 300 ans, 500 ans, c’est inacceptable », a renchéri Serge Letchimy(26), député martiniquais. Ils semblent avoir été entendus.

Les études menées jusqu’ici sont-elles édifiantes. L’une d’elles, publiée en 2012 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), montre que le chlordécone augmente non seulement le risque de prématurité, mais qu’il a aussi des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

Le pesticide est aussi fortement soupçonné d’augmenter le risque de cancer de la prostate. La Guadeloupe fait aussi partie des zones les plus touchées par cette maladie. Le cancer de la prostate est deux fois plus fréquent et deux fois plus grave aux Antilles qu’en métropole, avec plus de 500 nouveaux cas par an sur chaque île.

Étant donné le délai de latence d'apparition des cancers chez l'homme, le caractère cancérigène du chlordécone n'est apparu qu'après quelques décennies avec :

  • des cancers du foie, observés chez l'animal avant 1987
  • un risque fortement accru de cancer de la prostate, confirmé par une étude de l'INSERM  et du CHU de Pointe-à-Pitre 

Un risque accru (et encore non expliqué) concerne chez les hommes ayant vécu plusieurs années en métropole ou dans un pays occidental (risque multiplié par cinq pour des hommes ayant été exposés, ayant un antécédent familial de cancer de la prostate et ayant vécu dans un pays occidental).

L’Institut national du cancer constate en Martinique pour la période 2001-2005 une augmentation spectaculaire du taux d’incidence annuel, qui est passé de 137,0 pour 100 000 en 2000 à 177,0 pour 100 000 en 2005. En 2012, le Wold Cancer Research Fund Internationnal publie un taux d’incidence annuel de 227,2 pour 100 000, le taux le plus élevé au monde loin devant le 2e, la Norvège avec 129 pour 100 000.

Les statistiques du GLOBOCAN révèlent que le taux de mortalité est de 32 pour 100 000 en Martinique et 30 pour 100 000 en Guadeloupe pour ce cancer (contre 7 pour 100 000 en moyenne dans le monde).

2015, alors que le produit est interdit dans les Antilles, le sang d'environ 70 % des Guadeloupéens contient encore du chlordécone. Il vient principalement des aliments et notamment des poissons, fruits de mer et légumes/racines contaminés.

Une expérience de plasmaphorèse  a montré que le chlordécone est rapidement transféré des tissus au sang mais l 'hémoperfusion  ne réussit pas à éliminer le chlordécone de l'organisme, car le chlordécone est fortement lié aux Proptéines plasmatiques.

Le sol est le principal réservoir de chlordécone. Il y persiste longtemps et de là il peut contaminer des plantes via les racines, et l'eau d'où il passe dans les animaux, par ingestion essentiellement.

La consommation de denrées issues d'animaux ayant vécu sur des sols contaminés peut significativement contribuer à l'exposition des humains.

A partir du début des années 2000, on a découvert que le chlordécone, qui passe dans la chaîne alimentaire, avait non seulement contaminé les sols, mais aussi les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines... et la population elle-même.

Réglementation européenne

La production et l’utilisation du chlordécone sont totalement interdites dans l’Union européenne depuis l’entrée en vigueur du  règlement POP adopté le 29 avril 2004.(27)

  « L’INTÉRÊT ÉCONOMIQUE ET FINANCIER L’A EMPORTÉ SUR LA SANTÉ PUBLIQUE »

En 1979, le Centre international de recherche sur le cancer classe le chlordéconecomme agent possiblement cancérogène. Il faudra pourtant attendre 1990 pour que la France l’interdise… et trois ans de plus pour que le lobby des planteurs des Antilles cesse d’obtenir des dérogations les autorisant à l’utiliser.

Depuis, il est aussi considéré comme neurotoxique, reprotoxique et perturbateur endocrinien. Des études récentes ont ainsi démontré que le chlordécone pouvait être à l’origine de cancers de la prostate. Ses effets délétères sur les fœtus sont aussi reconnus. « Tout avait été dit, tout était su », déplore aujourd’hui Jean-François Deleume(19).

En 2006, des associations portent plainte contre l’État pour « mise en danger d’autrui et administration de substances nuisibles ». Harry Durimel(28), leur avocat guadeloupéen, également militant écologiste, reste persuadé que « l’intérêt économique et financier l’a emporté sur la santé publique ». Et que c’est d’ailleurs pour cela que le dossier s’éternise : « Il a fallu six ans de guérilla judiciaire pour que la plainte soit enfin instruite… »

Au fil des années, l’avocat a découvert la « complicité » entre l’État, diverses autorités et de grands planteurs. La déclaration faite aux gendarmes de Yves Hayot(29), directeur de Laguarigue, la société qui commercialisait le chlordécone, homme issu d’une grande famille de propriétaires terriens, en est une illustration édifiante : celui-ci a reconnu qu’il avait « pratiqué personnellement un lobbying auprès de Jean-Pierre Soisson(11) (alors ministre de l’Agriculture) pour que des dérogations soient accordées ». « Et comment expliquer, interroge Jean-François Deleume(19), qu’en 2000, l’Institut national du cancer (Inca), alors présidé par l’actuelle ministre de la santé Agnès Buzyn(23), lance une étude sur le sujet mais l’interrompe en décidant de ne pas y consacrer les moyens nécessaires ? » Alexandra Chaignon

 

 



19/08/2018
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